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Le cœur, et la bouche, et la vie.

Tout vient à point (bis).

J’ai longtemps vécu dans une indifférence relative quant à mon corps : il était là, ni trop grand ni trop petit, ni trop mince ni trop gros et n’ayant que peu de points de comparaison sur la forme de mes bras de mes jambes ou de mes seins, j’avais du mal à faire une mise au point précise sur ce qu’il était. Il était, et voilà. J’ai aussi vécu beaucoup d’années à ne pas me préoccuper de mon apparence, à être très (trop) cérébrale, m’habillant mal/moche, pratique et solide, me maquillant, certes, mais plus pour maîtriser la technique que par soucis du beau. Je me sentais – comme tout le monde – parfois mal dans ma peau, je pouvais me sentir moche et grosse, prendre de belles résolutions avec de grandes déclarations – pour finir par ne rien faire puisque le lendemain tout était rentré dans l’ordre et que ça allait mieux.

Je suis tombée malade et mon corps était mon ennemi dans la douleur, mais pas dans mon apparence physique. Après tout, centrée comme je l’étais sur la maladie et mes difficultés à la gérer aussi bien physiquement que psychologiquement, mon image passait cette fois au 4e plan en terme de priorité. J’ai arrêté de me maquiller, ça n’a rien changé.

Je suis tombée enceinte. et parce que la nature déteste le vide et que mon intellect fut relégué dans les bas-fonds de ma personne (ce qui n’est pas grave puisque c’est temporaire, et bien vécu, quand on en est conscient), et que la maladie a régressé un temps, beaucoup de place psychique a été alors accordée à mon apparence et à ma conscience corporelle. Evidemment, les changements induits par la grossesse ne furent pas à mon goût, d’autant que dotée d’un corps parfaitement moyen depuis ma naissance, me retrouver « hors-normes » même pour quelques mois m’a semblé assez intolérable. Ce que la grossesse a laissé derrière elle par la suite a été du même acabit mais la patience* et le temps ont fait leur effet, j’ai fini par retrouver un corps aux contours que je qualifiais jusqu’à aujourd’hui d’acceptables.

Et puis ce matin j’ai croisé mon reflet dans les vitrines des magasins en descendant du bus. J’y ai vu une jupe courte et je n’ai pas eu envie de tirer dessus, de me dire « argh trop court pour mon corps/mon âge ». J’y ai vu des jambes et des cuisses fines, une taille svelte malgré un ventre pas tout à fait plat. J’y ai vu mon visage rond – qui sera rond toute ma vie – mais pas bouffi. Je ne me suis pas trouvée jolie (et je m’en fous) parce que mon regard n’était pas dirigé sur mon esthétique, mais sur les formes de mon corps et leur harmonie. Sur l’ensemble. Et je me suis trouvée bien, je me suis trouvée mince, je me suis trouvée normale. Et j’en suis heureuse parce que, pour une fois dans ma vie, mon corps ne m’évoque ni dégoût ni indifférence, mais paix, bienveillance et harmonie. Je peux toujours compter ses défauts, je ne suis pas aveugle. Mais ils sont acceptés et m’inspirent de la tendresse. Je pèse strictement le même poids que quand je suis tombée enceinte, qui est mon poids de forme, celui qui me suit depuis que j’ai 20 ans, le poids que je pèse et pour lequel je n’ai pas besoin de faire d’effort. Le changement n’est donc pas sur la balance, sur ce chiffre, ni même sur mes contours musculaires dessinés par le sport (puisque pour être totalement transparente j’ai arrêté tout sport depuis 3 mois)(et je le vis très bien), non le changement est dans ma tête.

Non seulement je me vois, vraiment, mais je me vois telle que je suis vraiment.

Les virgules sont importantes.

 

*J’en vois qui se moquent dans le fond.

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