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Le cœur, et la bouche, et la vie.

Lundi, mardi.

Ce matin. Les matins du week-end. Les matins des vacances.

Au premier réveil son père la met dans le lit et elle me couvre de bisous. Quand mon réveil sonne, elle réclame son lait, « -nettes ». Oui, il faut mettre les lunettes pour se lever. Ses petits bras autour de mon cou, on va jusqu’à la cuisine, je l’assieds sur le plan de travail, lait, chocolat pas chocolat, gâteau, on repart jusqu’au lit. Je vole encore dix minutes de sommeil et puis on y va. Elle me suit partout. Il faut tout prendre, le lange-doudou, le biberon, le gâteau, un jouet au hasard mais en ce moment c’est le petit cheval qui roule quand on le remonte. Elle accepte encore que je la transporte dans mes bras, avec tout ce petit monde, mais elle n’est pas contre l’idée de marcher. Je rentre dans la douche, elle s’allonge sur le tapis de bain, j’ai une pensée pour la lessive qui attendra ce week-end, elle met le doudou en boule sous sa tête et roule ma poule. Je sors. Je m’habille. Elle réclame la chaise, boire un « cacou » (un petit coup) au robinet, je l’installe, elle joue avec l’eau, je me maquille, elle prend mon eyeliner, je ferme l’eau, elle prend mon mascara ouvert, essaie de le manger et fait « bwwaaaaaah ». Le mascara c’est pas très bon. L’échalote crue non plus d’ailleurs, elle l’a appris hier soir ça. La patate crue ça la dérange pas mais non épluchée c’est moi qui fait « bwaaaah ». On y va ? petits bras autour du cou mais pas sans le biberon, pas sans le doudou, on a perdu le jouet quelque part. J’ai oublié mes chaussettes, je la pose, demi-tour, tiroir, chaussettes, elle m’attend à l’endroit exact où je l’ai posée. Je lui prends la main. On repart vers la cuisine, une cracotte pour elle, deux gorgées de café pour moi. Je fais la grimace pour la faire rire et elle dit « Mamaaaannnn ?! » du ton incrédule qu’elle prend quand maman fait des bêtises. Quand on a un public, c’est encore mieux, elle regarde son père, ou son grand-père, ou sa grand-mère, pour être sûre qu’ils ont bien vu que je faisais une bêtise. Je la guette du coin de l’œil, et BOUH ! ça la fait exploser de rire. Cela me rassure un peu de savoir que pour elle, je ne suis pas que cette mère qui fait les courses et la cuisine et qui dit qu’on va au lit et qui dispute et qui court le matin après le réveil. J’essaie de plus en plus de prendre du temps pour faire des grimaces, jouer à dormir, se cacher dans le tipi. C’est pas beaucoup, c’est jamais assez,  à mon sens. Il y a tellement de choses que je regrette. J’ai passé ses trois premières semaines sur un nuage parfait. Et puis j’ai passé les 7 mois suivants de sa vie à tout rater, à vivre dans le noir tout éveillée. A ne pas profiter d’elle, de la situation. A être malade. Je ne peux pas rattraper. J’espère qu’un jour j’arriverais à faire la paix avec cette culpabilité.

En attendant, ce matin était un de nos matins. Lundi sera un de nos matins. Mardi aussi. Et mercredi.

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