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Le cœur, et la bouche, et la vie.

La Longue Guerre – Terry Pratchett & Stephen Baxter

Deuxième tome de la trilogie de la « Longue Terre » dont je vous avais déjà parlé, « La Longue Guerre » est malheureusement décevant comparé à la bonne surprise du premier tome qui avait soulevé tant d’enthousiasme en moi. Le titre, déjà, est mensonger puisque de guerre il n’est pas question dans ce roman. Les problèmes politiques soulevés dans le premier tome sont donc écartés, au profit d’autres sujets. Il n’y a donc pas de « résolution » de la crise de fin de premier tome, que ce soit par des conséquences politiques – guerrières – ou écologiques. Ce déplacement d’intérêt pourrait être tout à fait intéressant si je n’avais pas toujours l’impression que l’on survolait quelque chose, que l’on reste aux limites de la réflexion pour ne pas trop effrayer le lecteur avec quelque chose de vraiment profond et dérangeant. Il y a pourtant de la matière dans cette Longue Terre, on peut citer l’écologie, la protection « animale », la politique coloniale, la ségrégation, autant de sujets abordés mais non-traités, ce qui m’a laissée très frustrée. Sans compter que la trame est excessivement longue à se mettre en place, ce qui ne ressemble pas du tout à Pratchett. En effet si ce dernier n’a pas pour habitude de mâcher le travail à son lecteur, généralement ses personnages sont dans l’action plutôt que dans l’observation.

Dans ce roman c’est tout l’inverse, et contrairement au premier tome qui était exploratoire, ce dernier se situe plutôt dans l’observation. Avec pour résultat une action qui se déroule essentiellement dans les 100 ou 150 dernières pages (sur près de 500 !). J’ai été très déçue et encore plus quand je me suis aperçue que la fin de ce second tome reprend les mêmes codes de perturbation de situation que le premier. Vu que cette perturbation n’a finalement PAS été traitée dans « La Longue Guerre », je me demande bien si je peux leur faire confiance pour une résolution digne de ce nom dans le dernier volet de la trilogie à paraître.

Deux choix s’offrent donc aux auteurs : s’investir finalement et prendre des positions fortes, c’est-à-dire se servir du troisième tome pour traiter tous les problèmes soulevés par les deux précédents livres, donner des instructions claires, en somme (schématiquement ? Abandon de la primeterre, exode total, intégration des trolls, abandon des régulations coloniales ou, au contraire, retour total à la primeterre, fermeture des colonies, fermeture de la Longue Terre et du Passage) – n’importe quoi sauf cet amas diégétique bâtard et tiédasse – ou continuer sur leur lancée en développant encore dans le 3e tome d’autres thèmes sans les traiter. On peut en effet considérer cela comme un parti pris après tout, comme une façon de dire : « on a créé un monde de toute pièce et on l’observe jusqu’au bout », même s’il aurait dans ce cas mieux valu publier sous forme d’essai que de roman.

Je ne suis pas certaine de m’offrir le troisième tome avant d’avoir pu le feuilleter pour me faire une idée, je ne suis pas suffisamment masochiste pour payer une frustration courue d’avance.

La Longue Guerre – Terry Pratchett & Stephen Baxter, L’Atalante, 2014.

Chroniques des Ombres – Pierre Bordage

Je repousse ce moment d’écrire depuis trop longtemps, pourtant Chroniques des Ombres, de Pierre Bordage, n’est pas un mauvais roman loin de là, mais mes résolutions se dissolvent dans mon nombril.

Le dernier roman post-apocalyptique de Bordage a d’abord été publié en feuilletons version numérique, avant d’être rassemblés dans un gros volume par l’éditeur Au Diable Vauvert et j’avoue avoir eu un certain plaisir à pouvoir tout lire d’un coup sans attendre fébrilement la sortie des différents opus. Sans doute aurais-je lâché cette lecture dans ce cas d’ailleurs, car l’attraction du récit réside dans sa cohérence et dans les liens qui se nouent au fil de l’intrigue. Le roman ne fait pas « découpé » et c’est une force, malgré l’organisation par chapitres et les passages de l’un à l’autre des personnages parfois courts, on sent que la forme est bien travaillée et le fond en devient beaucoup plus captivant.

Le fond en question : monde post-apocalyptique, génocide humain, éradication, survie, nouvelles organisations sociétales. Rien de nouveau sous le soleil, rien de révolutionnaire (j’ai pensé au film Waterworld plusieurs fois pendant la lecture – alors que ça n’a rien à voir en terme d’esthétisme et de « monde » tout simplement) mais l’on voit que Bordage a fait ses devoirs et plutôt très bien. Le monde est construit, cohérent, réaliste. Les personnages sont riches, à l’opposé du manichéisme, sans héroïsme mal placé. L’écriture simple de Bordage, à son habitude, nous permet de nous identifier à eux et même de vivre avec eux certains événements, ce qui ne m’arrive que très rarement dans les romans, c’est donc à porter au crédit de l’auteur.

Malheureusement la résolution est sans surprise et un peu brouillonne, une inégalité dans l’écriture et l’intrigue qui m’a laissée sur ma faim. A lire, donc, pour les amateurs du genre, les autres pourront le lire pour passer un bon moment dans le train.

Chroniques des Ombres de Pierre Bordage – Au Diable Vauvert.

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea – Romain Puértolas

L’extraordinaire voyage du fakir fut un livre prêté, et heureusement. Attirée par la couverture jaune et bleu, le titre long et aguicheur (il y a les mots « extraordinaire, fakir et ikea » je le rappelle), je me suis imaginée un road trip palpitant et comique, un roman truculent et jubilatoire. Drôles, les premières pages le sont, et puis le souffle s’épuise, aussi vite que les idées de l’auteur pour faire voyager son fakir indien. Celui-ci ne voyage pas vraiment – sauf peut-être dans le premier chapitre – mais subit, tout au long du roman, les aléas des rencontres avec la police, des clandestins, des stars de cinéma, le tout caricatural au possible. Il ne prend jamais son destin en main et vogue la galère, autant que le roman dans lequel on se perd. Les étapes du voyage sont trop courtes, les enchaînements trop rapides, tant et si bien que le géographe abandonne l’idée de suivre le périple sur une carte mentale. En plus d’être un personnage complètement passif, le protagoniste principal, fakir de son état, est également un imposteur complet, égoïste, voleur, manipulateur mais sans aura charismatique, il termine geignard et pleurnicheur. On n’arrive même pas à détester ce « héros » qui fait soupirer le lecteur de lassitude devant cette attitude puérile.

La fin du roman, cousue de fil blanc, richesse magique, grandeur d’âme magique, rédemption magique, pardon magique, et tout ce qui s’en suit, laisse un goût de savon dans la bouche. Avec un peu de recul, l’ouvrage est teinté de léger racisme, et de gros préjugés sur, en vrac, les indiens qui vendraient des mini-tour eiffel sous la Dame de Fer (parce qu’il n’y a rien qui ressemble plus à un indien qu’un camerounais, sénégalais ou soudanais ou…), les gitans (de gros beaufs mafieux portugais qui marient leurs filles de force à 15 ans), mais minimise la misère du monde et la violence des passeurs clandestins.

Le seul tour de force de ce roman est de se lire en une heure et demie, 256 pages encore trop longues pour ce que c’est.

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea de Romain Puértolas, Le Dilettante – 2013

La Longue Terre – Terry Pratchett & Stephen Baxter

Dernier né de Terry Pratchett en traduction française, ce roman écrit en collaboration avec Stephen Baxter démontre bien que le talent de l’écrivain britannique ne s’exprime pas seulement dans les terrains balisés et connus de son propre univers du Disque-Monde.

Imaginez un instant que l’on découvre un jour que la Terre existe en des milliards d’exemplaires, parallèles, et dans lesquels on peut désormais passer (grâce à un ingénieux dispositif utilisant l’énergie d’une patate) en quelques secondes et presque sans effets secondaires (si ce n’est quelques vomissements). D’autres avant les deux auteurs ont pensé au même scénario (rappelons « Sliders ») mais personne n’avait poussé la démarche à son paroxysme, au point de considérer les conséquences économiques, politiques, coloniales de cette hypothèse. Des colons, donc, les oubliés de la Primeterre (la nôtre en somme) s’établissent vite sur les Terres parallèles, à gauche et à droite, plus ou moins loin et dans des climats et écosystèmes parfois bien différents de la Terre originelle. Mais les frontières ne sont pas toujours perméables et quand elles le sont, elles ne le sont pas seulement pour l’homme… c’est alors que sur fond de quête (et d’enquête) les héros Lobsang (un réparateur de moto tibétain réincarné dans un ordinateur) et José, un « passeur-né » (il peut passer sans patate) nous font nous interroger sur l’écologie et le traitement infligé à notre planète, sans jamais pourtant que le roman devienne moralisateur. Avec de moins gros sabots que dans les romans du Disque, Terry Pratchett tisse, à son habitude, entre les mailles de son récit, des réflexions, des questions qui restent en suspens, sans réponses : à l’heure où notre planète s’apprête à mourir sous le feu de notre consommation, ne serait-il pas judicieux que nous ayons une ou deux ou milles planètes parallèles à notre disposition ? et dans ce cas, en tirerions-nous des leçons ? Au lecteur de répondre à cette interrogation, selon qu’il soit pessimiste ou confiant, naïf ou cynique, humaniste ou désabusé. On pourrait croire que la multitude de mondes à disposition éviterait à la Primeterre d’autres déconvenues mais nos auteurs sont des sadiques et j’ai terminé le roman dans un effarement absolu.

La plume de Stephen Baxter apporte rigueur scientifique et volonté de construire un monde clair. La trame se dessine en effet plus vite qu’à l’accoutumée, sans pour autant que ce soit au détriment de l’intérêt. Les questions qui se posent en filigrane du récit sont discrètes et viennent au fil de la lecture. On est donc largement pris dans l’intrigue et les personnages sont très attachants. Pratchett tempère l’austérité par l’humour, bien moins absurde et omniprésent que d’habitude. Les deux auteurs se complètent bien, l’un compensant par ses qualités les défauts de l’autre et inversement. Ce qui tombe plutôt très bien puisqu’une suite est déjà sortie en V.O et que d’autres romans sont prévus.

La Longue Terre – L’Atalante – 2013

Le sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari

Pour des raisons maintes fois exposées, je ne lis que peu de littérature contemporaine et quand je le fais, c’est toujours dans une optique scientifique. Le début du XXie siècle, les polars, la fantasy et la science-fiction, voilà ce qui fait mon socle quotidien de lectrice. Gravitent ensuite autour de ça, quelques auteurs naturalistes, les auteurs lus « dans une optique de recherche », les articles d’intérêt de culture générale et quelques biographies de loin en loin.

Mais j’ai entendu tant de bien du Sermon sur la chute de Rome – Goncourt 2012, excusez du peu – qu’il fallait que je me fasse ma propre opinion, et je dois bien avouer que mon humeur à la fin de cette lecture est pour le moins dubitative.

Après des études supérieures au goût amer de la déception, deux jeunes gens décident d’ouvrir un bar dans un village corse, grâce à l’argent généreusement offert par le grand-père de l’un des deux. On suit aussi bien la vie – de sa naissance à sa retraite – de ce grand-père, que les aventures entrepreneuriales de Matthieu et Libero. Une vie de bar de village, très peu rythmée par les saisons, qui s’achèvera par un drame et la dégénérescence des rapports humains en ligne de fond, comme une vague annonciatrice de catastrophe, le tout méticuleusement moralisé par le discours (fantasmé, extrapolé à partir des véritables Sermons) de Saint-Augustin sur la chute de Rome.

Et c’est là que le bât blesse. Si le style est joli, si l’histoire se laisse lire avec facilité et fluidité, si les mots emportent et fascinent quand la diégèse est au rendez-vous, les longues parties descriptives et moralisatrices, censées établir un parallèle philosophique avec cette même diégèse, expliquer au lecteur lourdaud qui n’aurait pas saisi de lui-même la vacuité des rapports humains, leur extrême fragilité et leur complexité assommante, sont à mourir d’ennui. Elles doivent nous apprendre l’éternelle ritournelle de l’humain, le recommencement infini des mondes qui s’effondrent avec fracas et se redressent avec fureur, mais elles n’apportent rien et le fond alourdit une forme qui n’en demandait pas tant. On voudrait les retirer au couteau sec, ne garder que la trame franche, fluide et facile, se suffisant à elle-même dans sa beauté épurée et enlever ce superflu qui prend par la main un lecteur habitué à ce qu’on lui mâche le travail de réflexion. Mais le livre est déjà court, bien trop court, 171 petites pages qui se lisent en quelques heures (une après-midi) et si l’on retire la logorrhée philosophico-moralisatrice, il ne restera que bien peu de substance à ce roman. Trop peu de substance pour un roman et bien trop pour une nouvelle.

 

Le Sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari, en ebook, 13,99€

Les chaussures italiennes – Henning Mankell

Vous vous souvenez de mon amour pour Henning Mankell ? Je lui avais fait moults infidélités cette dernière année, occupée à explorer d’autres romanciers de polars, d’autres horizons littéraires (il faut que je vous parle de cette littérature fantasy-urbaine qu’on croirait faite pour les enfants et dans laquelle on se retrouve englué bien malgré soi). Et puis, très peu de Mankell étaient disponibles en numérique, et j’ai franchi le cap définitivement, à plus de 150 livres par an, c’est un cas de divorce. Miracle, ces derniers jours : non seulement Mankell se rappelle à moi, mais en vérifiant sur les plateformes d’achat, tout est désormais plus ou moins disponible.

J’en charge donc deux ou trois, et décide de m’attaquer à un hors-série,  et présenté comme tel. Je pense donc lire un roman policier n’appartenant pas au cycle de Wallander. Finalement, après quelques pages, je m’aperçois qu’il ne s’agit pas d’un polar du tout !

Les chaussures italiennes, sans dévoiler toute l’intrigue, suit les petites aventures d’un médecin à la retraite, exilé volontaire sur une île perdue au milieu des fjords, après qu’une vieille amie perdue de vue depuis 35 ans réapparaisse brusquement dans sa vie.

Pas de doute, c’est du Mankell tout craché, tant au point de vue du style, toujours génial, qu’au niveau des descriptions de la nature, des espaces mais également de la personnalité des personnages et des relations entre eux, des vies qui se croisent et s’entremêlent.

Mais à part ça, rien de nouveau sous le soleil. L’histoire n’est pas extraordinaire, Mankell nous raconte un morceau de vie, comme, si, tout à coup, il avait décidé de faire du roman contemporain banal et sans saveur. Comme s’il avait décidé de mener une expérience littéraire, une expérimentation : est-ce que la force des personnages, les relations qui les unissent, permet au roman de se passer d’intrigue ?

Ici, clairement, et malgré le talent de Mankell, la réponse est non, malheureusement. C’est un roman qu’on lit sans déplaisir mais sans plaisir, sans rire et sans pleurs, sans jouissance ni ennui. La puissance du style de Mankell ne sauve pas une diégèse sans saveur.

Pour oublier ma déception, il ne me reste plus qu’à relire les « vieux » Wallander, je crois.

Un portrait de Jane Austen – David Cecil

J’ai découvert Jane Austen sur le tard mais j’ai été assez vite prise de passion. Elle réveillait en moi des élans romanesques et romantiques que je ne me connaissais pas et me dévoilait une littérature quasiment entièrement basée sur l’étude de ses personnages. Le mimétisme des créations d’Austen dans la définition d’Auerbach s’approche même, à mon sens, de la perfection. Ce qui fait l’exotisme ou l’évasion de ses récits à notre époque n’est donc pas le caractère de ses personnages mais l’époque et le lieu où ses récits prennent place. Je me suis toujours interrogée néanmoins sur ce qui avait fait le succès des romans au XVIIIe siècle.

J’ai travaillé, légèrement et succinctement sur Jane Austen pendant mes études et mon amie Gaëlle avait eu la gentillesse de me prêter deux biographies de l’auteur mais je n’y avais jamais vraiment touché, sauf pour travailler dessus à partir de mots-clés. Je ne connaissais donc la vie de l’auteur que dans les grandes lignes, avec tout ce que cela suppose de fantasme et d »idées fausses. Dernièrement, je me suis remise à l’histoire, qui a toujours été ma première passion, (Régulièrement il me prend l’envie de reprendre des études à distance dans ce domaine, velléité vite tuée dans l’oeuf pour le moment, heureusement), et avec cette envie de contextes historiques, l’envie de lire des biographies. Justement, j’en ai sous la main, celles de Jane Austen. Au hasard, je commence donc Un portrait de Jane Austen de David Cecil.

L’auteur de la biographie, David Cecil, a un style assez charmant et enlevé, qui permet de ne pas trouver ennuyeuse la vie pourtant très calme de cette auteur. On s’amuse également de l’éducation de Jane Austen et de ses frères et soeurs, ainsi que de leur humour, à l’époque plutôt remarquable. On replace aussi tout un univers dans son contexte et le chemin parcouru : à l’époque les garçons partaient faire leurs classes de marin à l’âge de 12 ou 13 ans. Pour autant, la vie de Jane Austen n’est pas passionnante : elle a quelques prétendants jeune fille mais ne se marie pas, elle n’a pas d’enfants, est proche de sa soeur aînée également célibataire, de ses nièces et neveux. Elle vivra plus ou moins toute sa vie au même endroit ou dans la même région. On nous explique que la grande qualité de ses personnages vient donc d’une observation fine et sans concession de son entourage social proche. On nous apporte quelques clés de compréhension sur le succès des romans à son époque. La lecture n’est donc pas complètement inutile pour qui serait chercheur et avide de réponses sur l’oeuvre de la romancière. Mais la vie de Jane Austen elle-même ne fait pas rêver, et elle n’est pas suffisamment riche pour provoquer des rebondissements capables de nous tenir en haleine. Qui plus est, la traduction de Virginie Buhl est assez mauvaise pour qu’on s’en rende compte, ce qui n’améliore pas l’état d’esprit dans lequel on termine la biographie : mollement intéressé, mollement enthousiasmé.

Une biographie qu’on lit sans plaisir et sans déplaisir, tout juste rattrapée par le style de son auteur.

Un portrait de Jane Austen – David Cecil, éditions Payot.

Fondation – Isaac Asimov

J’avais déjà essayé, adolescente, de m’attaquer à Asimov, mais j’étais alors en pleine période Anne et Serge Golon et je fus donc mollement convaincue par les premières pages lues. J’avais laissé très vite tomber (à l’époque, boulimique de lecture, j’étais également beaucoup moins têtue et je laissais rarement « sa chance au produit », comme on dit de nos jours).

Qu’à cela ne tienne, ces dernières semaines il me prend l’envie d’un cycle S-F. J’avoue que la conférence sur la robotique à laquelle j’ai assisté en début de mois a donné un coup de pouce. Je sais que mon amie G. est connaisseuse, je demande des conseils et l’ordre de lecture, et je m’y mets.

Je crois qu’il faut lire  Fondation – je ne sais pas pour l’instant si je peux appliquer la remarque à tout Asimov – en le gardant dans le contexte de sa date de rédaction et sans doute de publication. Le problème de lire les classiques de la Science Fiction après la bataille, c’est de courir toujours le risque d’être déçu, car les suivants, ou devrais-je dire les « suiveurs » ont toujours amélioré le propos, toujours enrichi les univers et aussi toujours créé les poncifs du genre. Aussi l’impression que me laisse la lecture de ce premier tome du Cycle de Fondation est assez ambiguë : si j’aime le style d’Asimov, clair, fluide et allant droit à l’essentiel, la diégèse m’a laissé sur ma faim. Loin du space-opéra grandiloquent avec personnages héroïques foisonnants aux personnalités marquées, on trouve un inventaire, une chronologie historique et historienne de la naissance de Fondation et des premiers siècles qui la suivent. Un tel parti pris, qui se plie évidemment aux exigences de raconter l’histoire d’un monde sur 5 siècles, suppose de passer très rapidement d’une situation géopolitique à une autre – ce qui personnellement ne me gêne pas trop, mais aussi et surtout d’un personnage à un autre. Et cela est plus gênant, quand on aime s’attacher aux personnages. Je ne lis pas un roman pour avoir un compte-rendu quasi encyclopédique de son monde, mais pour vivre dans ce monde et accompagner les personnages dans celui-ci. A cet égard, Fondation est décevant, même si j’entends les arguments considérant la nécessité de concision dans la narration d’un tel cycle.

Passée cette déception et en remettant tout ce petit monde dans le contexte de sa publication et avec la prise en compte de ces arguments, Fondation reste plaisant à lire, surtout par le style d’Asimov, je l’ai dit, clair et concis, très sujet-verbe-complément sans fioritures. Le format du roman, assez court, deux cent cinquante et quelques pages se lit en moins de cinq heures et ce sont tout de même cinq heures d’évasion dans un monde complètement différent et mystérieux, avec ses codes et ses cultures qui diffèrent suffisamment des nôtres pour se laisser porter et profiter pleinement de la distraction.

 

Jeanne D’Arc Verités et légendes -Colette Beaune

J’ai beaucoup lu de romans et de thèses historiques il y a quelques années mais prise dans les cours, j’avais laissé tomber. Au hasard d’une recherche sur un store ebook quelconque, je suis tombée sur cet ouvrage, déjà assez vieux – pour les standards actuels. Les vacances sont là et le propos me fait envie, je m’y mets donc.
Le problème des historiens, c’est parfois leur absence totale de style littéraire et celle-ci ne déroge pas à la règle. Lourd, pompeux, pompé et répétitif, cela dessert parfois le propos, pourtant intéressant et qui corrige sans cesse les mythes et légendes qui nous sont inculqués sur Jeanne d’Arc, aussi bien à l’école que dans la transmission collective – souvent par le biais des romans jeunesse. Malheureusement, je me suis déclenché trop de migraines à replacer les phrases de cet exposé dans le bon sens pour avoir apprécié à sa juste valeur la démarche… dommage.

Jeanne D’Arc, Vérités et Légendes de Colette Beaune, 2010.

« Ravage » et autres affres.

Je crois que je n’arriverai jamais à faire de cet espace un tout blanc ou un tout noir, que des livres ou que du moi, parce que tout ça est tout lié, comme des ronces. Et si je n’ai pas donné de nouvelles, longtemps, c’est que je m’étais perdue. Après le mémoire il ne me restait rien, plus d’envie si ce n’est celle de rester au fond de mon canapé à tricoter en regardant Preuves à l’appui ou même Monk (j’ai un principe, ne jamais regarder une série policière tournée avant 2001, car ce serait marcher dans la culture télévisuelle de la Génération précédente, c’est comme emprunter une brosse-à-dents, ça ne se fait pas). En somme, je n’ai pas lu un seul livre pendant un mois et la reprise avec Ravage fut dure et laborieuse car, encore une fois, je ne lisais pas pour moi, pour me distraire, mais avec en tête cette éventuelle thèse et donc, irrécupérable j’étais.

Du coup, je n’ai pas apprécié, je crois, ce roman a sa juste valeur. Il y a plusieurs raisons à cela : j’y cherchais quelque chose que je n’y ai pas trouvé (une révélation, une émulation, une vocation, en somme, le trépignement impérieux que m’avait déclenché Giono parce que je sentais bien avoir mis le doigt sur quelque chose, même si ce quelque chose avait sans doute déjà été analysé et retourné par quelqu’un d’autre)(il s’est avéré que non, mais c’est deux autres histoires)). J’y ai bien vu tout ce que je savais qu’il fallait que j’y vois, le retour à la terre, l’anticipation pessimiste mais ça n’a pas collé, je m suis ennuyée, je m’y suis reprise à 12 fois pour le finir. La seconde raison est également celle mentionnée plus haut, je ne lisais pas par plaisir, je lisais comme chercheuse, comme j’ai lu tout le temps ces 8 derniers mois, je ne me suis pas laissée le droit d’être émerveillée. Quand j’ai fini par lâcher prise, j’en étais au trois-quart du roman, que, finalement, j’ai terminé en une heure ou deux après ça.

J’avais emporté avec moi en Belgique, un autre roman, un roman que je pensais « de plage », un roman que je pensais ennuyeux et laborieux lui aussi, puisque j’étais dans un tel état d’esprit qu’il est probable que j’aurais trouvé Scott Lynch ennuyeux (Scott Lynch et The Gentlemen Bastards étant ce que la littérature fantasy américaine a fait de meilleur depuis 1996 – je vous laisse chercher ce qui a été publié en 1996, indice : tout le monde est devenu spécialiste de la fantasy depuis son adaptation télévisuelle). Finalement, et rien à voir avec la fantasy, Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia, paru en 2009. Impossible pour moi, qui n’ai pas vécu les années 60 et qui suis absolument nulle en histoire du communisme russe, de démêler le vrai du faux de ce roman et ce n’est pas très grave, car il m’a plu, il me redonne le goût de lire pour moi, il me plonge, me passionne juste ce qu’il faut et me donne envie de le finir vite pour lire d’autres romans, d’autres écrivains, encore. Il a joué le rôle que j’attendais de Ravage, par surprise.

Pour en revenir à mon premier paragraphe, je crois que je me fiche bien, maintenant, de faire de cet espace quelque chose de lisse, de tout blanc, de tout noir. A 26 ans, il est sans doute temps d’accepter que je suis un être complexe (et je dis cela avec tout le sérieux que mon sens de l’auto-dérision m’autorise) et de laisser tomber le masque. Je n’arriverais jamais à faire de cet espace un immense réservoir à compte-rendu de lectures, pas plus que je ne saurais en faire uniquement ce laboratoire d’écritures et de recherches que j’aimerais. Alors on va continuer de mélanger.