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Le cœur, et la bouche, et la vie.

Apprendre à ne plus crier

La première fois qu’une partie de moi-même s’est détachée pour me regarder agir, ma fille devait avoir 8 mois. Elle était assise par terre, dans l’entrée, et elle pleurait. Et moi je criais.

J’essaie de me rassurer en me disant que je ne criais pas contre elle mais contre la situation, contre mon incapacité, contre moi-même, parce que la culpabilité que je ressentirais autrement serait trop douloureuse. Je n’ai pas envie d’entendre des « tout le monde crie contre ses enfants, ça arrive, ce n’est pas grave » parce que je sais tout ça et c’est super, c’est ce que je dirais moi aussi à n’importe qui. Sauf que, pas pour moi.

En tout cas, j’ai trouvé ça suffisamment grave ce jour-là pour m’arrêter net d’un coup, de me voir comme ça, et pour la prendre dans mes bras. Je me suis excusée, on a repris les choses doucement au début, sans courir, je suis arrivée 30 minutes en retard au travail et franchement, ce n’était pas grave. Le monde, le ciel, rien n’est tombé sur ma tête. Le soir même, j’appelais une psychologue, et quelques jours plus tard on diagnostiquait ce qu’on devait diagnostiquer, et on commençait à me soigner. « On », elle, moi, mon mec, ma fille, mon meilleur ami, mes copines. Parce que je savais que, malgré ce sursaut, je n’y arriverais pas seule. Alors j’ai décidé de ne pas avoir honte, je pouvais me sentir coupable de tout ce que j’avais fait et dit, avant, mais pas honte. Et j’ai battu le rappel des troupes et autour de moi s’est mis en place une chape de compréhension et d’amour.

Et franchement ça va mieux.

Mais parfois, ça continue de sauter, le verrou, celui qui fait de moi une bonne personne, il saute. Heureusement, je ne m’en prends plus à ma fille, parce qu’au final, la maladie qui était liée à sa naissance, vraiment, elle est guérie. Mais ce n’est pas la dépression qui faisait de moi une mauvaise personne. Cela amplifiait qui j’étais, à la base, et à la base, je ne suis pas quelqu’un de patient. Je ne suis pas quelqu’un de calme. Je crie, je rue, je tonne, je suis une colère intense, je suis un ours mal léché dans un corps inadapté. Peut-être que si je n’avais pas vécu tout ce que j’ai vécu je serais différente, mais peut-être pas. Et, pour être honnête, je n’aime pas cette partie de moi. Celle qui crie et qui tempête en première instance, chez qui la colère et l’exaspération explosent d’abord. Et qui temporise, relativise, après. C’est sincèrement épuisant, pour moi, pour les autres. C’est un peu déroutant aussi, parce que je trouve que par certains aspects je suis quand même une bonne personne. Je suis quelqu’un de plutôt optimiste (pour les autres), je remonte très bien le moral (des autres), je suis sensible (aux autres). Alors quand ces deux parties de moi s’opposent et se confrontent, c’est toujours désolant (pour moi)(et pour les autres ?). Et malheureusement, c’est rarement, pour l’instant, ma gentillesse et mon intelligence qui remportent la bataille.

Ce matin j’ai encore crié. (Non pas contre ma fille)

Cela m’a lessivée. Usée. Vidée. C’était nul et ça servait à rien. J’ai eu l’impression d’être en rechute, que tous mes efforts étaient réduits à néant, de nouveau. Que je n’y arriverais jamais, que je ne serais jamais une « bonne personne » (qui me plaît, à moi).

Je continue d’apprendre à ne pas crier. Jour 1. (Encore)

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