Le cœur, et la bouche, et la vie.


Lundi, mardi.

Ce matin. Les matins du week-end. Les matins des vacances.

Au premier réveil son père la met dans le lit et elle me couvre de bisous. Quand mon réveil sonne, elle réclame son lait, “-nettes”. Oui, il faut mettre les lunettes pour se lever. Ses petits bras autour de mon cou, on va jusqu’à la cuisine, je l’assieds sur le plan de travail, lait, chocolat pas chocolat, gâteau, on repart jusqu’au lit. Je vole encore dix minutes de sommeil et puis on y va. Elle me suit partout. Il faut tout prendre, le lange-doudou, le biberon, le gâteau, un jouet au hasard mais en ce moment c’est le petit cheval qui roule quand on le remonte. Elle accepte encore que je la transporte dans mes bras, avec tout ce petit monde, mais elle n’est pas contre l’idée de marcher. Je rentre dans la douche, elle s’allonge sur le tapis de bain, j’ai une pensée pour la lessive qui attendra ce week-end, elle met le doudou en boule sous sa tête et roule ma poule. Je sors. Je m’habille. Elle réclame la chaise, boire un “cacou” (un petit coup) au robinet, je l’installe, elle joue avec l’eau, je me maquille, elle prend mon eyeliner, je ferme l’eau, elle prend mon mascara ouvert, essaie de le manger et fait “bwwaaaaaah”. Le mascara c’est pas très bon. L’échalote crue non plus d’ailleurs, elle l’a appris hier soir ça. La patate crue ça la dérange pas mais non épluchée c’est moi qui fait “bwaaaah”. On y va ? petits bras autour du cou mais pas sans le biberon, pas sans le doudou, on a perdu le jouet quelque part. J’ai oublié mes chaussettes, je la pose, demi-tour, tiroir, chaussettes, elle m’attend à l’endroit exact où je l’ai posée. Je lui prends la main. On repart vers la cuisine, une cracotte pour elle, deux gorgées de café pour moi. Je fais la grimace pour la faire rire et elle dit “Mamaaaannnn ?!” du ton incrédule qu’elle prend quand maman fait des bêtises. Quand on a un public, c’est encore mieux, elle regarde son père, ou son grand-père, ou sa grand-mère, pour être sûre qu’ils ont bien vu que je faisais une bêtise. Je la guette du coin de l’œil, et BOUH ! ça la fait exploser de rire. Cela me rassure un peu de savoir que pour elle, je ne suis pas que cette mère qui fait les courses et la cuisine et qui dit qu’on va au lit et qui dispute et qui court le matin après le réveil. J’essaie de plus en plus de prendre du temps pour faire des grimaces, jouer à dormir, se cacher dans le tipi. C’est pas beaucoup, c’est jamais assez,  à mon sens. Il y a tellement de choses que je regrette. J’ai passé ses trois premières semaines sur un nuage parfait. Et puis j’ai passé les 7 mois suivants de sa vie à tout rater, à vivre dans le noir tout éveillée. A ne pas profiter d’elle, de la situation. A être malade. Je ne peux pas rattraper. J’espère qu’un jour j’arriverais à faire la paix avec cette culpabilité.

En attendant, ce matin était un de nos matins. Lundi sera un de nos matins. Mardi aussi. Et mercredi.

Published by Bobbi, on août 19th, 2016 at 2:06 . Filled under: JournalNo Comments

Et si je savais pourquoi

Les genoux qui tremblent.

Je me tiens au mur, mon épaule tire, mon cou craque, ma jambe brûle. Je me lève, dans une minerve et un corset invisible. Cela faisait longtemps. Ou peut-être pas, d’ailleurs, j’ai tendance à oublier, j’ai tendance à ne pas compter. Je gère. Je panique un peu, je souffle, j’essaie de redescendre en pression, de ne pas aggraver le problème avec une crise d’angoisse par dessus le marché. J’ai l’impression de ressentir ce qu’éprouvent les sportifs qui vont au bout de leurs corps. J’ai l’impression de ressentir ce qu’éprouvent les femmes qui accouchent quand ça dure des heures. Accoucher m’a paru tellement plus facile que ce que je vis là, à l’instant T, là. Je prends un antalgique et un anxiolytique, il faut que j’avance.

Bientôt 10 ans. Je crois être passée par tous les stades, encore et encore dans un cycle infini de déni, de colère, d’acceptation, d’apitoiement, de déni, d’acceptation, d’apitoiement, de colère, de déni… A chaque fois un petit plus et un petit peu moins de pitié. Un petit peu plus et un petit peu moins de sérénité. Passant d’extrême en extrême, en parler tout le temps et puis n’en parler plus du tout, d’abnégation, de souffrance silencieuse et puis de rage, d’objets lancés contre le mur, d’éclats de voix, de hurlements. De pleurs. J’ai pleuré si longtemps, et puis plus du tout et puis si longtemps encore.

Un jour, j’ai arrêté de dire : “je suis fibromyalgique”. L’adjectif me révulse et je ne suis pas “ça”.

J’ai une fibromyalgie.

L’invariable question qui suit me plonge toujours dans un abîme d’ambivalence – dois-je décrire rapidement la chose, m’en tenir au minimum, ne pas inspirer de pitié, faux sourire plaqué sur le visage pour dire que ce n’est pas grave ? qu’on en meurt pas ? – peut-être devrais-je faire la liste des symptômes, une bonne fois pour toute, que j’imprimerais sur une feuille A4 et que je distribuerais autour de moi, ce sera plus simple. On pourrait faire des flyers qui répondraient à ces questions : “qu’est-ce que c’est ? qu’est-ce que ça fait ?”

Cela fait mal.

Cela tire et brûle mes muscles.

Les contracte. Les rends pierres.

Bouge mes vertèbres, mes cervicales.

Trembler mes genoux, mes mains.

Tire mes tendons.

De la paresthésie (des fourmillements) dans les mains et les pieds.

Du bruxisme centré qui occupe ma mâchoire.

Des sautes d’humeur.

Une fatigue intense, totale, qui me fait dormir des heures et des heures sans jamais être reposée.

Des moments d’hyperactivité où le corps se doit de bouger et de fonctionner jusqu’à l’épuisement sous peine d’un état de panique irrationnel.

Une dépression sur deux.

Divers problèmes gastriques.

Des douleurs articulaires (le petit doigt de la main droite, le coude droit, le genou droit).

Des crises de panique, d’angoisses. Des crises de pleurs inexplicables, inexpliquées.

Parfois je ne peux pas m’empêcher de bouger. Parfois je ne peux plus bouger.

Dans certaines maladies, il n’y a pas de traitement. La fibromyalgie, on bricole. Cela ne règle pas tout, dans mes mauvais jours je trouve que ça ne règle rien. On bricole avec les antalgiques neuro, les antalgiques opia, les anxiolytiques, ça réduit les crises, la douleur, ça ne les empêche pas et parfois quand tout se soulève, rien ne fonctionne. On fait des séances de kiné, de balneo, c’est une chance pour certains, moi j’en ai marre de me déshabiller devant un médecin trois fois par semaine. J’en ai marre des médicaments et de la levure. J’ai passé deux ans de ma vie à manger sans polyamines. Un an sans manger de viande. Un an et demi sans manger de gluten ou de lactose. Parce qu’il fallait essayer, parce que ça peut tout changer, mais ça n’a rien changé.

Et si je savais pourquoi j’écris ce texte, peut-être que ça me sauverait.

Published by Bobbi, on août 16th, 2016 at 12:33 . Filled under: JournalNo Comments

Apprendre à ne plus crier

La première fois qu’une partie de moi-même s’est détachée pour me regarder agir, ma fille devait avoir 8 mois. Elle était assise par terre, dans l’entrée, et elle pleurait. Et moi je criais.

J’essaie de me rassurer en me disant que je ne criais pas contre elle mais contre la situation, contre mon incapacité, contre moi-même, parce que la culpabilité que je ressentirais autrement serait trop douloureuse. Je n’ai pas envie d’entendre des “tout le monde crie contre ses enfants, ça arrive, ce n’est pas grave” parce que je sais tout ça et c’est super, c’est ce que je dirais moi aussi à n’importe qui. Sauf que, pas pour moi.

En tout cas, j’ai trouvé ça suffisamment grave ce jour-là pour m’arrêter net d’un coup, de me voir comme ça, et pour la prendre dans mes bras. Je me suis excusée, on a repris les choses doucement au début, sans courir, je suis arrivée 30 minutes en retard au travail et franchement, ce n’était pas grave. Le monde, le ciel, rien n’est tombé sur ma tête. Le soir même, j’appelais une psychologue, et quelques jours plus tard on diagnostiquait ce qu’on devait diagnostiquer, et on commençait à me soigner. “On”, elle, moi, mon mec, ma fille, mon meilleur ami, mes copines. Parce que je savais que, malgré ce sursaut, je n’y arriverais pas seule. Alors j’ai décidé de ne pas avoir honte, je pouvais me sentir coupable de tout ce que j’avais fait et dit, avant, mais pas honte. Et j’ai battu le rappel des troupes et autour de moi s’est mis en place une chape de compréhension et d’amour.

Et franchement ça va mieux.

Mais parfois, ça continue de sauter, le verrou, celui qui fait de moi une bonne personne, il saute. Heureusement, je ne m’en prends plus à ma fille, parce qu’au final, la maladie qui était liée à sa naissance, vraiment, elle est guérie. Mais ce n’est pas la dépression qui faisait de moi une mauvaise personne. Cela amplifiait qui j’étais, à la base, et à la base, je ne suis pas quelqu’un de patient. Je ne suis pas quelqu’un de calme. Je crie, je rue, je tonne, je suis une colère intense, je suis un ours mal léché dans un corps inadapté. Peut-être que si je n’avais pas vécu tout ce que j’ai vécu je serais différente, mais peut-être pas. Et, pour être honnête, je n’aime pas cette partie de moi. Celle qui crie et qui tempête en première instance, chez qui la colère et l’exaspération explosent d’abord. Et qui temporise, relativise, après. C’est sincèrement épuisant, pour moi, pour les autres. C’est un peu déroutant aussi, parce que je trouve que par certains aspects je suis quand même une bonne personne. Je suis quelqu’un de plutôt optimiste (pour les autres), je remonte très bien le moral (des autres), je suis sensible (aux autres). Alors quand ces deux parties de moi s’opposent et se confrontent, c’est toujours désolant (pour moi)(et pour les autres ?). Et malheureusement, c’est rarement, pour l’instant, ma gentillesse et mon intelligence qui remportent la bataille.

Ce matin j’ai encore crié. (Non pas contre ma fille)

Cela m’a lessivée. Usée. Vidée. C’était nul et ça servait à rien. J’ai eu l’impression d’être en rechute, que tous mes efforts étaient réduits à néant, de nouveau. Que je n’y arriverais jamais, que je ne serais jamais une “bonne personne” (qui me plaît, à moi).

Je continue d’apprendre à ne pas crier. Jour 1. (Encore)

Published by Bobbi, on juin 27th, 2016 at 9:56 . Filled under: JournalNo Comments

Une petite fille

C’est l’histoire d’une petite fille qui a dormi dans son tipi hier soir.

Attends, je reprends.

C’est l’histoire d’une petite fille qui commençait à escalader son lit. Alors on a enlevé les barreaux et elle a dormi, comme ça, dans un lit sans barreaux quelques semaines. Et puis, elle a commencé à se lever, pour ne pas dormir. En pleurant derrière la porte fermée. On s’est fâchés. Son père a remis les barreaux. Ça a duré, quelques semaines. Et puis, cette fois, elle les a escaladés, les foutus barreaux. Pour de vrai.

On a re-enlevé les barreaux. On l’a entendue pleurer derrière la porte fermée. Je me suis fâchée d’abord, fort. Tu vas dans ton lit. Ferme, sans crier, mais ferme. Pas contente, la mère. Et après, j’ai dit, tu es grande maintenant, tu es capable, tu es une grande fille, et les grandes filles dorment dans leur lit (et pas dans celui de tes parents, je te vois venir à 20 kilomètres, tu crois que hey, quoi ?) Tu es grande, tu es capable. Assieds-toi. Sur ton lit. Elle s’est assise. Elle pleurait toujours, de temps en temps, parce qu’elle avait compris. Non, c’est non. Mais bon, quand même, on tente.

Je suis sortie. Re-pleurs, derrière la porte.

J’ai dit “ZUT !” et je suis partie. Trente secondes plus tard, plus un bruit. Nous n’y croyons pas, nous sommes estomaqués, est-ce possible ? Dans son lit ?

Une heure et demie plus tard, nous n’y tenons plus, si ça se trouve, elle dort, par terre derrière la porte. On aura l’air con, tiens. On ouvre la porte. Personne derrière. Personne dans le lit. Et, du tipi, sortent deux petites jambes.

Du coup, elle a dormi dans son tipi.

Et tant pis.

tipi

Published by Bobbi, on juin 9th, 2016 at 7:21 . Filled under: Au filNo Comments

Tout vient à point (bis).

J’ai longtemps vécu dans une indifférence relative quant à mon corps : il était là, ni trop grand ni trop petit, ni trop mince ni trop gros et n’ayant que peu de points de comparaison sur la forme de mes bras de mes jambes ou de mes seins, j’avais du mal à faire une mise au point précise sur ce qu’il était. Il était, et voilà. J’ai aussi vécu beaucoup d’années à ne pas me préoccuper de mon apparence, à être très (trop) cérébrale, m’habillant mal/moche, pratique et solide, me maquillant, certes, mais plus pour maîtriser la technique que par soucis du beau. Je me sentais – comme tout le monde – parfois mal dans ma peau, je pouvais me sentir moche et grosse, prendre de belles résolutions avec de grandes déclarations – pour finir par ne rien faire puisque le lendemain tout était rentré dans l’ordre et que ça allait mieux.

Je suis tombée malade et mon corps était mon ennemi dans la douleur, mais pas dans mon apparence physique. Après tout, centrée comme je l’étais sur la maladie et mes difficultés à la gérer aussi bien physiquement que psychologiquement, mon image passait cette fois au 4e plan en terme de priorité. J’ai arrêté de me maquiller, ça n’a rien changé.

Je suis tombée enceinte. et parce que la nature déteste le vide et que mon intellect fut relégué dans les bas-fonds de ma personne (ce qui n’est pas grave puisque c’est temporaire, et bien vécu, quand on en est conscient), et que la maladie a régressé un temps, beaucoup de place psychique a été alors accordée à mon apparence et à ma conscience corporelle. Evidemment, les changements induits par la grossesse ne furent pas à mon goût, d’autant que dotée d’un corps parfaitement moyen depuis ma naissance, me retrouver “hors-normes” même pour quelques mois m’a semblé assez intolérable. Ce que la grossesse a laissé derrière elle par la suite a été du même acabit mais la patience* et le temps ont fait leur effet, j’ai fini par retrouver un corps aux contours que je qualifiais jusqu’à aujourd’hui d’acceptables.

Et puis ce matin j’ai croisé mon reflet dans les vitrines des magasins en descendant du bus. J’y ai vu une jupe courte et je n’ai pas eu envie de tirer dessus, de me dire “argh trop court pour mon corps/mon âge”. J’y ai vu des jambes et des cuisses fines, une taille svelte malgré un ventre pas tout à fait plat. J’y ai vu mon visage rond – qui sera rond toute ma vie – mais pas bouffi. Je ne me suis pas trouvée jolie (et je m’en fous) parce que mon regard n’était pas dirigé sur mon esthétique, mais sur les formes de mon corps et leur harmonie. Sur l’ensemble. Et je me suis trouvée bien, je me suis trouvée mince, je me suis trouvée normale. Et j’en suis heureuse parce que, pour une fois dans ma vie, mon corps ne m’évoque ni dégoût ni indifférence, mais paix, bienveillance et harmonie. Je peux toujours compter ses défauts, je ne suis pas aveugle. Mais ils sont acceptés et m’inspirent de la tendresse. Je pèse strictement le même poids que quand je suis tombée enceinte, qui est mon poids de forme, celui qui me suit depuis que j’ai 20 ans, le poids que je pèse et pour lequel je n’ai pas besoin de faire d’effort. Le changement n’est donc pas sur la balance, sur ce chiffre, ni même sur mes contours musculaires dessinés par le sport (puisque pour être totalement transparente j’ai arrêté tout sport depuis 3 mois)(et je le vis très bien), non le changement est dans ma tête.

Non seulement je me vois, vraiment, mais je me vois telle que je suis vraiment.

Les virgules sont importantes.

 

*J’en vois qui se moquent dans le fond.

Published by Bobbi, on mai 19th, 2016 at 8:56 . Filled under: JournalNo Comments

A qui sait attendre.

Et finalement.

Et finalement j’ai eu 30 ans, une montre gravée qui brille à mon poignet, des fleurs, des bisous en pagaille, des surprises cachées dans la salle de bain (en forme de personnes ressemblant de façon stupéfiante à mes parents), une invitation à dîner, d’autres fleurs, un robot rutilant (que J’AI demandé et acheté), un gâteau avec une seule bougie pour me préserver, un déjeuner familial dans un restaurant un peu prout prout avec ma fille qui essayait de faire tomber les serveurs et promenait sa chaise haute autour de notre table, des câlins, encore des bisous. Et finalement un sentiment de sérénité totale, d’apaisement de mes humeurs et de mon coeur, de bonheur tranquille. Il ne m’a pas fallu 30 ans pour apprendre à me contenter de ce que j’ai, non, il m’a fallu 30 ans pour avoir tout ce que je souhaitais.

Le réaliser a fait disparaître la frustration du manque de temps personnel et émerger l’assurance que rien n’est grave et que beaucoup, si ce n’est tout, peut-être reporté à demain si on n’a pas envie, pas le temps, pas l’énergie. L’idée qu’il faut être bienveillant avec soi-même pour pouvoir l’être correctement avec les autres. Qu’on peut revoir ses exigences à la baisse pour que la vie soit plus douce et que ce n’est pas grave, que ça ne m’enlève aucune valeur à mes yeux, ou à ceux des autres.

Alors finalement j’ai eu 30 ans. Tout vient à point.

Published by Bobbi, on mai 6th, 2016 at 8:42 . Filled under: JournalNo Comments

Socialisons

C’est drôle les résolutions, ça commence tôt, ça se termine tard, mais enfin ça se termine.

Enfin on croit.

Cette année je n’ai pas su quoi me souhaiter, à part “moi en mieux” mais je n’ai pas encore décidé qui était ce “moi” et ce qui serait “mieux”.

J’avance en faisant du sport (un peu), en prenant mes médicaments (tous les jours – lassie chien fidèle), et après ? Le démaquillage pas tout le temps, la lecture pas tout le temps, le tricot pas tout le temps.

On en revient toujours à cette angoisse extrême, qui m’a pétrifiée des mois durant, le temps. Le temps qui défile, le temps qui manque, le temps qui passe, le temps qu’on ne maîtrise pas. Et pendant que j’écris ces phrases, à ce moment-même je me dis que c’est peut-être lié, finalement, à cet anniversaire qui arrive et, quelques questions sur le thème “vieillir”.

 

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A chaque fois que j’écris ici, c’est quand l’enfant fait un cauchemar et termine dans notre lit. Une fois par mois est un score relativement bas, si on y réfléchit, et cela permet de faire le compte. Mords bien ta langue quand tu dis que “oh, moi, ma fille ? JAMAIS, elle ne se réveille”. Eh bien si : une fois par mois, même. Elle grandit et s’éloigne, elle câline beaucoup, mais pas longtemps, elle me manque horriblement et m’exaspère également.

D’un point de vue professionnel, j’en suis toujours dans la même nébuleuse du contrat définitif, ou du départ définitif. Je me posais moins de questions quand aucun espoir n’était permis. Mais désormais l’espoir est permis et sur un poste tout à fait différent (c’est-à-dire dix fois mieux). Je ne voudrais pas être déçue. Tout ceci me rend très ambivalente.

Ce soir nous dînons chez des connaissances de F. Je ne connais ni lui, ni elle, ni leur enfant. Je crois bien que c’est la première fois que cela m’arrive. Il faudra rendre la pareille, mais cela fait partie des bonnes résolutions. Socialisons.

Published by Bobbi, on janvier 20th, 2016 at 3:59 . Filled under: Journal1 Comment

Reprendre

Reprendre le chemin d’un journal, au sens strict, essayer du moins, se donner l’occasion. Je ne sais pas si ça tiendra, mais essayons.

Quelqu’un se sert-il encore du blog sous cette forme, comme avant, sans vendre quoi ce ce soit, sans test de quoi que ce soit, sans critique de quoi que ce soit ? le micro-blog et son instantanéité a tué le blog, vive le blog !

Renaître.

***

Cette nuit fut brutale, l’enfant réveillée par un cauchemar hurlait dans son lit, inconsolable, jusqu’à ce que, dans le noir et encore endormie, je traverse le couloir pour la prendre dans mes bras. Elle s’est agrippée à mon cou comme sauvée d’un naufrage.

Elle a terminé dans notre lit mais s’accrochait encore à moi, tournait, collait sa bouche à mon cou, refusait de quitter mon bras écrasé, engourdi. Je sais que je paierais physiquement ce manque de sommeil – puisque nous nous sommes rendormies qu’une heure plus tard, soit quarante minutes avant le déclenchement du radio-réveil.

Parlons-en : j’ai réinvesti dans un radio-réveil, un vrai, placé stratégiquement à l’opposé de la pièce, nous obligeant par là-même à nous lever pour pouvoir l’éteindre. Je n’ai malheureusement pas eu le choix de la radio se lançant à 6h40 et après deux matins je peux le dire : je ne l’aime pas. Je ne sais pas si c’est le réveil ou la radio, soit dit en passant, que je n’aime pas.

La fatigue fait-elle manger ? Je suis épuisée et je mange. Ni mal ni gras, mais je mange, en quantité incroyable. Je sais que la fatigue est passagère, coup dur supplémentaire d’une maladie invisible mais présente, chaque jour en ce moment. J’attends que cela passe et en attendant je mange. Je sens bien que ce n’est pas normal, mais je ne sais pas pourquoi.

A demain.

Published by Bobbi, on décembre 17th, 2015 at 10:19 . Filled under: JournalNo Comments

Les gens du matin

On se croise sur le trottoir tous les matins de la semaine, l’endroit de notre rencontre déterminant le degré de notre retard. Plus haut dans la rue, je sifflote, plus bas j’accélère mon allure, la poussette au bout des bras.

Dans mes matins il y a d’abord ce père bourru et sa fille lumineuse, qu’il enserre d’un bras jaloux. Il refuse obstinément de répondre à mes “bonjour” et j’avoue avoir baissé les bras. Je tends l’oreille pourtant, quand il explique au pantalon violet qui presse le pas, l’ordre des canalisations d’eau -principales et secondaires- celles qui vont aux maisons – visibles par l’éventration de la route.

Ensuite, il y a cette jeune femme, très “One Tree Hill”, toujours avec sa fille qui court et parfois avec en plus une poussette. Elle a l’air malheureux, fatigué et excédé. Elle ne dit pas “bonjour” mais “pardon”, tous les jours. “Pardon” pour sa fille qui prend toute la place sur le trottoir, un “pardon” d’exister.

Les “bonjour”, je les échange avec cette femme tout droit sortie des années 90, avec une coupe courte brushée et des mèches blondes. Elle aussi, à ses côtés, une grande fille et un garçon en poussette, garçon qui se tend vers ma fille en criant “bébé !”, tout investi des six mois de différence qu’il doit avoir avec le bébé en question. Elle a peut-être 40 ans mais elle en fait 50, et je connais trop bien son milieu social, si bien que ça m’en fait mal.

Je me dirige vers les grandes tours où est gardée l’enfant. Sur le chemin je rêve de maisons et de travaux, je fais la liste des courses, j’invente des recettes de cuisine, je rêve de pirates et de princesses guerrières, de vaisseaux spatiaux. Je commente à voix basse mes dernières lectures. Je confie A. à sa nounou le coeur léger, satisfaite de ma routine matinale et de sa bonne humeur à retrouver sa petite copine I., qui frotte sa tête crépue contre ma joue juste avant que je les quitte, elles, et le matin, et ses gens.

Published by Bobbi, on décembre 8th, 2015 at 10:09 . Filled under: Au filNo Comments

“Profite, ça passe si vite !”

J’essaie de profiter. J’essaie de la voir encore comme un bébé. J’essaie d’enregistrer dans ma mémoire les petits bouts d’elle en bébé, qui font qu’elle est elle. Je ne suis pas impatiente, je la laisse prendre son temps. On ne court pas dans cette maison. Moi je cours, dès que je passe le pas de la porte, dès que je suis seule. Mais pas avec elle, jamais.

Et pourtant, j’ai hâte. J’entends qu’il faut que je profite, mais je n’y peux rien si j’ai hâte. Hâte de la voir marcher. De prendre sa main dans la mienne et d’aller faire une balade le soir. Hâte de lui mettre des chaussures, de dire que je vais en acheter qu’une paire et puis lui en acheter douze. Hâte de pouvoir l’habiller pour de vrai, sans avoir l’impression de jouer à la poupée et de la gêner plus qu’autre chose. Hâte de l’entendre dire d’autres mots que “maman”, qui lui sert à tout, en ce moment, puisqu’elle ne sait que celui-là. Hâte qu’elle mange des morceaux, un peu plus. Peut-être qu’à ce moment-là, je vais vouloir que le temps se fige. Peut-être qu’à ce moment-là, je vais vouloir qu’elle cesse de grandir. Peut-être bien que c’est seulement la période “petit bébé” qui ne me convient pas. Peut-être que je vais vouloir qu’elle reste là. 1 an, 1 an et demi, et on s’arrête là, on est bien.

Et peut-être pas. Peut-être que je vais en vouloir plus, encore, toujours plus. L’entendre courir et l’emmener à l’école et la voir faire du vélo, aller à ses premières fêtes d’anniversaire. Je m’inquiète un peu, est-ce qu’elle sera seulement invitée à des anniversaires ?

On me dit de profiter, que ça passe trop vite.

Et je me dis que chaque chose en son temps.

Published by Bobbi, on août 13th, 2015 at 11:09 . Filled under: Au filNo Comments